E- Alain Gautier (1953-2016)

1er avril 2016, par Joël Rodet

Alain Gautier est décédé subitement le samedi 26 mars 2016, et avec lui disparaît une personnalité profonde et riche, véritable point de repère pendant 45 ans pour la communauté spéléologique normande malgré son relatif effacement.

La spéléologie d’Alain Gautier résulte d’une pratique complexe et à multiples facettes. Assurément, Alain Gautier a été un élément majeur de la spéléologie normande. Ses nombreux écrits prouvent son ouverture d’esprit, son désir d’échanges, ses dessins et ses topographies révèlent un véritable artiste, ses nombreuses thématiques de recherche dans des espaces différents accompagnent un esprit libre et aventureux.


Le rouennais Alain Gautier est subitement décédé le samedi 26 mars 2016, nous rappelant que ce spéléologue normand discret, était un point de repère pour la communauté spéléologique régionale malgré son relatif effacement. En effet, Alain avait compris depuis longtemps combien étaient vaines les stériles querelles infra-communautaires dont personne n’est capable d’identifier l’origine, et c’est sans éclats qu’il appliquait sa grande efficacité dans les actions qui le motivaient.

Les années Bonsecours

- Alain Gautier s’est révélé au début des années 1970, alors que la communauté spéléologique normande prenait conscience de sa dimension et tentait de se structurer, non sans maladresses et ego surdimensionnés.

- Issu du Groupe Spéléologique de l’Association Sportive et Culturelle de Bonsecours, qui avait connu, quelques années auparavant, ses heures de gloire dans l’étude de la carrière du Pylône et la découverte de la "salle du Bateau", rapidement il avait conquis une belle dimension au sein d’un petit groupe soudé et barbu avec lequel il naviguera loin, jusqu’à la mythique Rapa Nui polynésienne.

- Ses premiers grands résultats sont la découverte de l’aval du réseau de la Grande Faille (carrière du Pylône, Caumont), baptisé Réseau des Quatre, après un laborieux chantier de désobstruction. Si ce premier grand chantier reste dans le giron de Caumont, rapidement, le groupe investit la Haute Normandie, démontrant qu’il y a une spéléologie au-delà du sanctuaire rouennais. C’est ainsi que s’ouvre un nouveau chantier prometteur en la désobstruction et la topographie de la grotte Le Bail, devenue aujourd’hui la grotte du Funiculaire (Le Mesnil sous Jumièges), qui atteint alors 185 m de développement. Puis lui succède un autre beau chantier mené dans la grotte des Camés, cette fois sur le littoral cauchois, dans les falaises de Veules les Roses. D’autres chantiers plus discrets portent sur la prospection autour de la basse vallée de la Seine, notamment sur un effondrement dans la savonnerie de Yainville.

- Ces années GS-ASC-Bonsecours connaissent un point d’orgue avec la tenue du 4ème Congrès Régional de Spéléologie de Normandie, en 1978, tandis que son savoir-faire s’exporte en Mayenne, dans les grottes de Saulges où le groupe des "Barbus" réalise une bonne partie des topographies.

- La décennie 1970 est celle de la naissance des publications spéléologiques normandes et donc apparaît la revue La Scrofule dont 4 numéros se succèdent de 1975 à 1978, en plus d’un numéro spécial Bandes Dessinées, approche originale de l’activité souterraine. De fait, dans les années 1970, Alain Gautier devient l’auteur le plus prolifique de la communauté spéléologique normande.

Les années Pascuanes

A l’aube des années 1980, le groupe s’ouvre à l’international avec l’Amérique du Sud, en particulier le Brésil [Gautier, 1981] avec les Furnas de Ponta Grossa (Paraná), le karst montagneux du Vale do Ribeira (São Paulo), les cavités des grès et quartzites de la région de Brasília, le karst de São Domingos (Goiás).

- Mais ce qui identifie le plus fortement la petite équipe est le travail de prospection, d’exploration et de topographie des cavités volcaniques de Rapa Nui (Chili) de 1979 à 1982. Outre les articles et la participation à un magnifique livre sur l’Île de Pâques méconnue, naît un groupe spécifiquement dédié à cette île isolée dans le Pacifique sud, le Groupe d’Etude et de Recherches spéléologiques de Rouen - Île de Pâques (GERSRIP) dont Alain sera le président jusqu’à la fin. Il publie entre 1984 et 1986, trois numéros de la revue Recherches Spéléologiques dédiée à l’île lointaine.

- En 1998, une incursion avec le Clan Spéléo Pontoisien, le mène dans les modestes cavités de l’île de Saint Martin (Petites Antilles) [Gautier et al., 2000].

Les années sub-pontoisiennes

- Dès 1980, la réunion des membres du GS-ASC-Bonsecours et de pompiers professionnels de Pontoise-Osny, permet l’exploration exhaustive du Pontoise souterrain et la création du Clan Spéléo Pontoisien dont Alain Gautier est un membre très actif.

- Cette association s’épanouira durant les années 1990, publiant une belle revue Cave des Moineaux magistralement organisée par Alain, et obtenant des résultats spectaculaires dans le sous-sol de la cité médiévale, en Normandie (Les Andelys), mais aussi dans les Causses Majeurs et dans l’approche historique qu’est l’œuvre de E.-A. Martel.

Les années caussenardes

- Depuis toujours, Alain Gautier est attiré par les Grands Causses. Aussi les années 1990 le voient affirmer ses grandes orientations, avec un rapprochement avec le Clan Spéléo Pontoisien et l’Association Edouard-Alfred Martel. La jonction entre ces deux éléments est confortée par la présence des descendants Renouard, héritiers de Edouard-Alfred Martel. Par delà la recherche spéléologique, en particulier l’étude et la mise en valeur des souterrains de Pontoise, se met en place un grand projet historique qui rapproche Pontoise, cité de Martel, et les Grands Causses, terre de cœur du fondateur de la spéléologie moderne. Alain Gautier, grand amateur des deux, s’y implique corps et âme.

- Les Grands Causses sont devenus le lieu de prédilection où la personnalité d’Alain Gautier peut prendre toute sa dimension : isolement, fraternité, rêverie. Ces plateaux déserts et ces vallées profondes sont propices à la réflexion et à la spiritualité. Héritier du grand Louis Balsan, Daniel André y voue sa vie à la valorisation du patrimoine naturel et culturel de ses grands maîtres. Et l’œuvre de Martel, omniprésente mais finalement mal connue, devient un objectif énorme auquel s’attaque l’équipe qui l’entoure. Les deux hommes devaient communier dans de multiples réalisations, et rapidement Alain Gautier devient une cheville ouvrière des plus actives dans la réalisation de l’important ouvrage qu’est "La plume et les gouffres" [1997], avec Daniel André, Pierre Carlier, Sœur Marie Casteret, Gérard Kalliatakis, Claire et Louis Renouard. Et bien d’autres projets occupaient sa pensée prolifique que ses compagnons auront sûrement à cœur de mener à bien.


Alain Gautier s’est investi dans l’exploration souterraine, dans son approche technique et aussi fortement dans la réalisation de topographies où sa formation de dessinateur fait merveille. Il s’est investi aussi dans l’archéologie des régions qu’il fréquente. Tout naturellement, sa sensibilité artistique l’oriente vers la représentation des objets et émotions, plus particulièrement dans le dessin, dont le Spécial BD qui aurait mérité une publication de meilleure facture. Il s’est épanoui aussi dans l’œuvre écrite, et au-delà des articles, car il excelle dans la réalisation de revues et de livres. Comme auteur, il a su fort bien tirer parti de la bibliographie qu’il présente en respectant les critères internationaux, ce qui n’est pas aussi courant qu’on l’imagine, et comme maquettiste, il a su offrir une présentation claire qui donne envie au lecteur d’entrer dans le texte.

Alain Gautier s’est révélé un fidèle compagnon au sein d’un groupe composé notamment de son frère Daniel, disparu trop tôt, Jean-Marie Groult, et Pierre Carlier. Alain Gautier est assurément une personnalité importante de l’histoire contemporaine de la spéléologie normande qu’il aura marqué par ses chantiers régionaux dans Caumont, en Val de Seine ou sur le littoral de la Manche, mais aussi et surtout par sa production informative complète, du compte rendu à la revue, en passant par le dessin et la topographie, et son approche archéologique.


Quelques éléments bibliographiques

Il n’est pas dans l’objectif de cette note, de dresser la bibliographie complète des écrits d’Alain Gautier. Nous le laissons à ses fidèles compagnons qui, nous l’espérons, mèneront à terme cet hommage. Nous souhaitons seulement montrer la grande diversité de son action écrite.

1- la réalisation de revues
-  La Scrofule (1975-1978), revue du GS-ASC-Bonsecours, dont il assume la publication (voir les publications spéléologiques normandes). On y retrouve les activités du groupe de Bonsecours, en Normandie (surtout Caumont, la grotte Le Bail et Veules les Roses), mais aussi en Mayenne (grottes de Saulges), ainsi que dans le sud de la France (Grands Causses).
-  Recherches Spéléologiques (1984-1986), revue du Groupe d’Etude et de Recherches Spéléologiques de Rouen - Île de Pâques, dont il assume la publication. Il était le président actif du GERSRIP.
-  Cave des Moineaux (1990-1997), publication du Clan Spéléo Pontoisien, dont il assume la réalisation.
-  Spéléo Contact Normand (1995-2002 ?), publication du Comité Régional de Spéléologie de Normandie. Alain assure la réalisation d’au moins six numéros.

2- la participation à des livres
- Pierre Carlier & Alain Gautier (1982). Spéléologie à l’Île de Pâques. Nouveau regard sur l’Île de Pâques - Rapa Nui ; Moana éditeur, Saintry sur Seine : 127-137 [2-904279-00-8].
- André Daniel (dir.) (1997). La plume et les gouffres, correspondance d’Edouard-Alfred Martel. Association Edouard-Alfred Martel, 607 p. [sans isbn]

3- la rédaction de notes et articles
- Gautier Alain (1981). Brésil. Spelunca, 3 : 7.
- Gautier Alain, Carlier Pierre, Leroy Stéphane (2000). Petites Antilles. Spelunca, 78 : 8-10.

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