1964-2014 : Cinquante ans de spéléologie havraise

10 novembre 2014, par Joël Rodet
Il y a cinquante ans, le 1er décembre 1964, naissait la première association spéléologique havraise

- Il y a cinquante ans, le 1er décembre 1964, naissait la première association spéléologique havraise
- fifty years ago, december 1st of 1964, day of the creation of the first caving association of Le Havre
- Faz cinquenta anos, dia primeiro de dezembro de 1964, foi criado a primeira entidade espeleologica da cidade de Le Havre

Le 1er décembre 2014, le Groupe Spéléologique de la Maison des Jeunes et de la Culture du Havre aurait eu cinquante ans. Le GS-MJC-H a disparu en 1989, la M.J.C. le suivant peu après. Mais l’esprit a survéçu, d’abord par le Groupe Spéléologique du Havre (1976-1990), puis par le Centre Normand d’Etude du Karst et des Cavités du Sous-sol.

Le GS-MJC-H est né le 1er décembre 1964, de la rencontre de Havrais jeunes et passionnés, de divers horizons et milieux : Jean-Paul Alexandre, Jean-Pierre Beauclair, Claire Dubois, Martine Dubois, Jean-Pierre Duchemin, Nicole Duchemin, Jean-Luc Haudibout, Geneviève Jacqueline, Pierre Lalouette, Michel Lepiller, Jean-Claude Mercier, Patrick Nouet, Alain Robinet et Joël Rodet, sous la présidence de Jean-Marc Artola. Jean-Marc Artola quittant la Normandie pour raison d’études, Michel Lepiller devient président du groupe dès le 27 janvier 1965. Il le restera sept ans durant, jusqu’à son départ en 1971 pour l’Université de Grenoble où il obtiendra un doctorat de géologie en 1980, avant d’être nommé Maître de Conférence à l’Université d’Orléans.

Après une première tentative sans suite sous la direction de Jean-Pierre Duchemin en 1966, le GS-MJC-H se lance dans les publications spéléologiques, une première en Normandie, sous le titre "Spéléo-Drack", dirigées dès 1970 par Joël Rodet. Huit numéros sortiront entre 1970 et 1974 grâce au noyau constitué de Joël Rodet, Jocelyne Cattreux, François-Patrice Rodet et Edwige Régnier. En 1970, le GS-MJC-H est à l’origine du Comité Départemental de Spéléologie de Seine Maritime dont le premier président sera Michel Lepiller, et Joël Rodet le rédacteur des statuts. Deux orientations qui soulignent l’ouverture de la spéléologie havraise.

En 1971, Joël Rodet succède à Michel Lepiller à la présidence du groupe et instaure un nouveau mode de fonctionnement, en encourageant le roulement des responsabilités, afin de doter l’association d’un nombre conséquent de cadres et de compétences. Lui succèderont Michel Foisset (1972-1973), Michel Daoudal (1973-1974), Jocelyne Cattreux (1974-1975), Jean-Luc Benchetrit (1976-1977), Joël Corbe (1978-1979), Philippe Lemière (1979-1980), etc. Cette démarche touchera aussi la formation technique avec une école interne d’initiation et l’adhésion à la politique fédérale de stages, de laquelle sortira en 1974 le premier et unique instructeur fédéral de Normandie.

Poursuivant sa politique d’ouverture et de collaboration, le GS-MJC-H sera une fois de plus à l’origine en 1974, de la création du Comité Régional de Spéléologie de Normandie, initialement présidé par Jacques Sautereau, mais dont la rédaction des statuts sera encore confiée à Joël Rodet. Notons aussi la réalisation du premier Congrès Régional de Spéléologie de Normandie tenu au Havre en décembre 1974, dix ans après sa création, ou encore l"informatisation du Fichier spéléologique régional par Jean-Jacques Lhôpiteau, membre du GS-MJC-H. Ces éléments signent la spécificité havraise au sein d’une communauté spéléologique normande avide de reconnaissance personnalisée et d’impact journalistique.

Alors que le GS-MJC-H se porte très bien, le raidissement politique de la Maison des Jeunes et de la Culture du Havre, sous influence de son encadrement professionnel, pousse Joël Rodet, Jocelyne Cattreux et François Desbordes à créer en 1976 le Groupe Spéléologique du Havre, une association entièrement autonome, qui préservera la culture spéléologique havraise, lorsqu’en 1983 la M.J.C sombrera dans une politique mercantiliste de loisirs, délaissant son idéal éducatif et citoyen. Spéléo-Drack est alors repris par le Groupe Spéléologique du Havre, avec une équipe constituée de Joël Rodet, Jocelyne Cattreux et Danièle Sayaret qui produira entre 1977 et 1986, les n° 9 à 16, avant de proposer le titre au Comité Régional de Spéléologie de Normandie qui assurera la sortie du numéro 17, en 1987. Malheureusement, l’école spéléologique havraise, elle, disparaît.

Nous aurons aussi la douleur de perdre un compagnon intelligent et dévoué en la personne de Jean-Claude Haguelon, lors d’une dramatique traversée du réseau souterrain de la Diau (Haute Savoie), le 1er novembre 1977.

La décennie 1980 sera vouée à une politique d’ouverture vers la communauté spéléologique normande, tentant de dépasser les limites claniques réductrices, pour faire émerger une dynamique communautaire puissante et responsable. C’était sans compter sur la léthargie des groupes spéléologiques, généralement sous la coupe de quelques personnalités animées par un désir hégémonique, et préférant créer leur propre association afin de ne pas avoir à partager leur fragile pouvoir avec une autre personnalité. Cet excès nombriliste s’exprimera sous la forme d’un individualisme allant jusqu’à vouloir assumer un contenu de club constitué d’une seule personne. Il est évident que de telles entreprises étaient vouées à ne durer que le temps de leur initiateur. Il en découle, outre la perte d’énergie induite par une grande dispersion des efforts, un morcellement de la recherche et une inefficacité associative.

En conséquence, en 1990, le Groupe Spéléologique du Havre s’associe à plusieurs personnalités marquantes de Normandie et se transformé en Centre Normand d’Etude du Karst et des Cavités du Sous-sol, consécration logique de plus d’une décennie de collaboration officieuse avec ces mêmes personnalités. De ces sept fondateurs, un est décédé, un autre a quitté la dimension spéléologique, et les cinq derniers sont toujours actifs, près de 25 ans plus tard, au sein de cette association idéale de compétences, qui a su se renouveler en portant très haut la recherche spéléologique Made in Normandy, qui dépasse largement la dimension havraise des débuts.

La revue Spéléo-Drack, après dix ans de silence au nom du Comité Régional de Spéléologie de Normandie, revient au sein du CNEK qui en 1976, en publie le n° 18 au nom du CRSN mais sans aucune aide matérielle, financière ou promotionnelle de l’entité régionale. Les Éditions du CNEK se sont étoffées depuis 1981 et la création de la revue Spéléo-Tract. En décembre 2014, huit Spéléo-Tract ont été publiés, ainsi que trois Spéléo-Drack (n° 19 à 21) et quatre livres, dont le volumineux "La craie et ses karsts". Il s’agit de la plus importante et de la plus ancienne lignée éditorialiste de la spéléologie normande.

Le projet qui dynamisait, il y a 50 ans, un groupe d’adolescents, est devenu aujourd’hui réalité, grâce à la persévérance et à la justesse des idéaux qui les animaient : la grotte est notre objectif, les individus nos moyens, et leur diversité nos outils.

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