Terminologie du karst

4 mars 2014, par Joël Rodet
Karst terminology / Terminologia do carste
Comprendre le sens des mots que l’on emploie, est la base d’une bonne communication. Dans les disciplines que nous étudions, des termes courants prennent un sens spécifique, certains mots, des néologismes, sont utilisés que seuls les habitués comprennent. Afin s’essayer de limiter cette impression d’une langue étrange, pour ne pas dire étrangère, nous proposons de développer, peu à peu, un vocabulaire explicatif de mots qui nous semblent nécessiter une définition. A chaque fois que possible, nous proposerons une traduction du terme en langues étrangères. Ce travail de dictionnaire étant énorme, nous comptons sur nos amis et collègues pour le faire progresser.

A

* Allotérite : altérite tassée, par effondrement du squelette de roche, dégageant un espace sommital aéré. Ce phénomène peut déboucher sur une introduction concentrée d’eau.
-  alloterite (english),
-  aloteritea (português)

* Altérite : résidu solide (non liquide) de l’altération ou dissolution chimique d’une roche. Le degré d’altération de la roche peut lui permettre, s’il n’est pas trop poussé, de garder son volume (on parle d’isaltérite) ou, s’il est trop poussé, entraîne l’effondrement du squelette ou fantôme de roche (on parle alors d’allotérite).
-  alterite (english)
-  alterita (português)


C

* Caverne : vide naturel qui résulte d’une excavation ou d’un creusement par des processus naturels. Par extension abusive du sens, on parle parfois de caverne pour désigner un vide artificiel, ce qui est un abus de langage dommageable à la compréhension. Il faut donc proscrire cet usage. Dans le domaine des cavernes, cavités d’origine naturelle, on peut distinguer (i) les grottes de dissolution (solution caves) et (ii) les grottes de mouvement mécanique, comme les grottes de décollement de front de falaise ou encore (iii) d’écoulement différentiel dans les milieux volcaniques (tubes de lave). Si toutes les cavernes intéressent le spéléologue, les grottes de dissolution sont le domaine du karstologue.
-  cavern (english),
-  caverna (español)
-  caverna (português)

* Cavité : tout vide souterrain, quelque soit son origine naturelle ou artificielle, y compris dans un chaos de blocs. Ainsi, toutes les cavernes sont des cavités, mais toutes les cavités ne sont pas des cavernes !
-  cavity (english),
-  cavidad (español)
-  cavità (italiano)
-  cavidade (português)

* Cheminée d’équilibre : drain ou conduit souterrain à tendance verticale, dont le creusement s’est effectué per ascensum. La cheminée d’équilibre joue le rôle de réservoir hydraulique souterrain.
-  equilibrium chimney (english),
-  chamine de equilibrio (português)

* Chenal de voûte : drain ouvert au toit d’une galerie qu’il accompagne plus ou moins régulièrement et dont la base repose sur le remplissage de la galerie et non pas sur la roche. La mise en place d’un chenal de voûte sous-tend que la galerie sur laquelle il s’appuie, a connu une phase de fossilisation post-comblement sédimentaire, après laquelle une nouvelle circulation, "hératique", s’appuyant sur le comblement de la galerie, se concentre, parfois en inscrivant en voûte un réseau labyrintique de type "anastomoses", et donne un nouveau drain dont la sinuosité n’accompagne pas, en général, celle de la galerie sous-jacente.

* Cryptokarst : littéralement, karst caché. C’est l’interface entre la couverture meuble et le toit de l’encaissant. Par les racines du manteau d’altération, le cryptokarst peut atteindre le karst de restitution. L’enfoncement du contact et l’absorption de la couverture peuvent exhumer le cryptokarst, donnant des reliefs complexes. Ce contact peut piéger des concentrations minérales (fer, par exemple) utilisées par l’Homme (bauxite) qui dégage le cryptorelief (Carsac en Dordogne, Le fondry des Chiens en Belgique, Felsenmeer en Allemagne).

Le cryptokarst est parfois confondu avec la zone non saturée, et surtout avec l’épikarst, termes aux acceptions différentes selon qu’ils sont utilisés par des spéléologues, des hydrogéologues, des géomorphologues ou des karstologues...
-  cryptokarst (english)
-  criptocarste (português)


D

* Doline : dépression fermée simple, en forme de cône dont le point bas peut être central ou excentré. Terme slave signifiant "petite vallée", dérivée d’une racine indo-européenne donnant en allemand " thal " et en anglais " dale ". D’origine endokarstique variée (dissolution ou effondrement de l’encaissant), cette forme illustre des fonctions variées, mais souvent est un point d’enfouissement des eaux superficielles. Localement peut être appelée " fosse ".
- Le cas particulier des dolines d’effondrement, à parois verticales ou subverticales, sont appelées par les Anglo-Saxons, les sinkholes.
-  doline (english),
-  dolina (português)

* Dynamique paragénétique : hydrodynamique lente, autorisant la sédimentation de particules solides introduites dans un drain souterrain. Il en résulte une évolution per ascensum, un creusement du conduit du bas vers le haut, et donc une circulation toujours noyée. Terme introduit en 1968 par Ph. Renault.
-  paragenetic hydrodynamics (english),
-  hidrodinâmica paragenética (português)

* Dynamique syngénétique : hydrodynamique rapide assurant le transport et l’évacuation des particules solides introduites et/ou produites dans le drain karstique. Il en résulte une évolution per descensum, un creusement du conduit vers le bas, et à échéance une évolution en milieu vadose ou aéré. Terme introduit en 1968 par Ph. Renault.
-  syngenetic hydrodynamics (english),
-  hidrodinâmica singenética (português)


E

* Endokarst : c’est l’essence et l’essentiel du karst. Ce terme couvre tous les processus dès qu’ils sont actifs dans la masse ou sous couverture. Cela couvre les formes qui en résultent, qu’elles s’expriment indirectement en surface (doline) ou directement sous terre (galerie, puits, cheminée, etc.). Notons que selon les mesures des hydrogéologues, 90 à 95 % des vides karstiques échappent à l’investigation spéléologique. L’endokarst est donc beaucoup plus étendu et varié qu’on ne l’imagine.
-  endokarst (english),
-  endocarste (português)

* Epikarst : littéralement, karst de sub-surface, à ne pas confondre avec l’exokarst. Selon les auteurs, il s’agit de la partie supérieure de l’endokarst, alors confondue par beaucoup avec le cryptokarst, mais aussi du karst au-dessus de la zone saturée, d’où une certaine confusion avec cette dernière notion de zone non saturée. C’est selon la discipline des auteurs.
-  epikarst (english),
-  epicarste (português)

* Exoforme : forme visible en surface. par exemple, une doline.
-  exoform (english),
-  exoforma (português)


F

* Forme exokarstique : forme résultant de processus karstiques de surface, par exemple : lapiaz, kamenitza, karren, tour résiduelle, hum. Un polje peut être considéré comme forme exokarstique en raison de son évolution périphérique superficielle ou épigée.
-  exokarstic form (english),
-  forma exocarstica (português)

* Forme endokarstique : forme résultant de processus karstiques souterrains, par exemple : puits, galerie, mais aussi des exoformes comme les dolines.
-  endokarstic form (english),
-  forma endocarstica (português)


G

* Galerie : drain ou conduit souterrain à tendance horizontale. C’est un drain qui se développe plutôt dans le karst de restitution.
-  gallery (english),
-  galeria (português)

* Gouffre : développement souterrain pénétrable à dominante verticale, s’ouvrant depuis la surface. Son exploration nécessite le plus souvent l’utilisation de matériel d’exploration verticale. Un gouffre peut être composé d’un ou de plusieurs puits, et peut présenter d’importants développements sub-horizontaux. Illustrant le karst d’introduction, le gouffre s’ouvre généralement sur les plateaux ou dans les versants, au-dessus du niveau de base. Le développement vertical ou profondeur peut exceptionnellement dépasser 2.000 m de dénivellation.
-  pothole , shaft , chams (english),
-  abismo (português)

* Grotte : développement souterrain pénétrable à l’homme, à dominante horizontale. Elle s’ouvre généralement dans les versants des vallées ou dans les dépressions des plateaux. Souvent, la grotte appartient au karst de restitution.
-  cave (english),
-  cueva (español)
-  caverna , gruta , lapa , toca (português),
-  jama (slovène)
-  grotta (italiano)


I

* Isaltérite : altérite isovolumétrique (qui garde son volume initial) ou squelette de roche ou encore fantôme de roche. consiste en un milieu poreux.
-  isalterite (english),
-  isalterita (português)


K

* Kamenitza : creusement spatial superficiel de l’encaissant, en forme de cuvette, associé à une légère et fine nappe d’eau. Il résulte d’un processus de dissolution à la surface de la roche nue. Cette forme se combine au karren ou rigole linéaire pour former le champ de lapiaz. Terme d’origine slave, utilisé dans la littérature internationale.

* Karren : creusement linéaire superficiel ou sub-superficiel. Assimilable à une rainure, il résulte de la dissolution de l’encaissant. Terme d’origine germanique (voir les travaux de A. Boegli), son équivalent en français est le lapiaz , terme d’origine savoyarde.
-  karren , lapiaz (english),
-  karren , lapiaz (português)

* Karst épigène : karst formé par des processus et des agents originaires de la surface (eaux de pluie, acides humiques, etc.). Il se compose de deux ensembles : le karst d’introduction (introduction gravitaire des eaux de surface) et le karst de restitution (évacuation gravitaire des eaux de surface accumulées dans le massif / notion de nappe aquifère). Il est constitué par l’essentiel des formes karstiques connues (lapié, gouffre, grotte, doline, hum, source, etc.).
-  epigene karst (english),
-  carste epigene (português)

* Karst hypogène : karst formé par des fluides d’origine profonde, dont les eaux thermales. Les cavités des batholites granito-gneissiques semblent appartenir à cette catégorie. On peut classer dans cette catégorie, les longues circulations régionales à grand rayon, à l’origine des alvéoles profondes qui affectent tous les substrats. Une contribution bactérienne est envisagée.


L

* Lapié : formulation francisée du terme savoyard Lapiaz. Signifie "champ de pierres". Dans son acception globale, ce terme couvre l’ensemble des formes linéaires (karren) et spatiales (kamenitza) qui se développent sur les roches mises à nu. La formulation savoyarde "lapiaz" est parfois réservée à la forme linéaire simple ou karren.
-  lapiaz , karren (english),
-  lapiaz , karren (português)


O

* Ouvala : dépression fermée complexe, du type de la doline. Classiquement, elle est définie comme la coalescence de dolines jointives. Terme usité dans la littérature internationale.


P

* Perte : fonction d’absorption par le sous-sol des flux aqueux superficiels. Cette fonction peut être très ponctuelle, mais aussi très diffuse (champ d’absorption). Synonyme : bétoire, embut, engouloir, bétue, oule, goule...
-  chantoir (Belgique)
-  sinkhole / swallow hole (english),
-  sumidouro (português)
-  sumidero (español)
-  ponor (slovène)
-  inghiottitoio (italiano)
-  apoleia / katavothra (grec -ellinika)

* Polje : terme d’origine slave signifiant "vallée cultivée". Il s’agit d’une dépression à fond plat, de dimension très variable (de quelques dizaines de m² à des centaines de km²), associée à un niveau de base qui favorise l’ennoiement permanent ou temporaire. Il en résulte une évolution par érosion périphérique. Le contexte géologique peut être très complexe. Le(s) point(s) de perte, appelé(s) ponor, peut résurger des eaux souterraines (inversac ou estavelle), en raison de la liaison hydrokarstique pas ou peu assurée, avec une résurgence. En raison de l’inondation plus ou moins régulière et de la sédimentation qui en résulte, ces sites sont souvent favorables à l’agriculture. Certains auteurs slaves distinguent les poljés ouverts (évacuation des eaux par un exutoire épigé) des poljés fermés (évacuation des eaux par une ponor). Certains auteurs voudraient limiter le terme "polje" à des surfaces supérieures à 4 km². La définition des formes par leur dimension n’est pas acceptable. Ce qui doit être privilégié est le processus ou le mécanisme. Ainsi, on peut observer des poljes fonctionnels de 650 m².

Les grandes régions traditionnelles des poljes sont les Dinarides (ex-Yougoslavie), les Hellénides (péninsule grecque) et les Taurides (Turquie). Ce terme est d’usage international.

* Primokarst : phases initiales de la karstification, résultant exclusivement de processus géochimiques. Milieu duquel sont exclues l’érosion mécanique, mais aussi la circulation concentrée de l’eau souterraine. Terme introduit en 1996 par J. Rodet.
-  primokarst , prekarst (english),
-  primocarste (português)

* Puits : drain ou conduit souterrain à tendance verticale, dont le creusement s’est effectué per descensum, du haut vers le bas. Ce type de drain se développe plutôt dans le karst d’introduction.
-  hole , shaft , well , chasm (english),
-  abismo (português)


R

* Racine du manteau d’altération : creusement vertical cryptokarstique, dans lequel glissent peu à peu les formations meubles de couverture. Il s’agit du front d’altération individualisé progradant dans l’encaissant, alimenté par l’aquifère suspendu du manteau d’altération. La descente progresse jusqu’au niveau de base où se constitue la nappe phréatique. La racine peut trépaner ou être trépanée par un drain de restitution, réalisant alors une une percée hydrokarstique, permettant l’évolution du primokarst vers les stades dynamiques du karst. La trépanation basale autorise la vidange des altérites et la transformation de la forme verticale en puits ou gouffre. Terme introduit en 1981 par J. Rodet.
-  solution pipe , weathering pipe , organ pipe (english),
-  raiz do manto de alteração (português)


Z

* Zone non saturée : terme compliqué, à utiliser avec précaution car il change de sens selon celui qui l’emploie. Pour certains, il s’agit de la zone de balancement du toit de l’aquifère, en fonction du cycle hydrologique. Pour d’autres, il s’agit de la zone au-dessus de l’aquifère, jusqu’à la surface. Dans ce dernier cas, il y a confusion possible avec l’épikarst.
-  non saturated zone (english),
-  zona não saturada (português)


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