Campagne d’Argentan : 1 - grotte des Monts (Sentilly, Orne)

6 janvier 2011, par Joël Rodet
enfin ! une première grotte naturelle explorée
La Campagne d’Argentan est délaissée depuis toujours par la recherche karstologique et spéléologique normande. Ceci explique la pauvreté en sites souterrains. Cependant l’exploraton récente de la grotte des Monts (Sentillly, Orne) montre que le potentiel souterrain est largement méconnu.

A la demande du Conseil Général de l’Orne, le Centre Normand d’Etude du Karst et des Cavités du Sous-sol (CNEK) a exploré le 28 juin 2010, une cavité naturelle sur la commune de Sentilly, près d’Argentan (Orne). Il s’agit, à notre connaissance, du premier phénomène karstique connu qui se développe dans les calcaires bathoniens de la Campagne d’Argentan.

Ouverte par effondrement du toit du drain secondaire, cette modeste cavité a été, dans un premier temps, l’objet d’une désobstruction sur une quinzaine de mètres, par un petit groupe d’amateurs de l’association "Val d’Orne Environnement". Puis, en juin 2010, Joël Rodet et Jean-Pierre Viard sont intervenus au nom du CNEK, au titre d’experts missionnés par le Conseil Général de l’Orne car le site de la Carrière des Monts est une propriété communale, gérée par le Conservatoire Fédératif des Espaces Naturels de Basse Normandie.

progression dans l'affluent (cl. J. Rodet, 2010) Au-delà de la chatière qui limitait l’exploration, nous avons parcourus les derniers mètres du drain secondaire qui développe 21 m. Nous avons atteint une confluence débouchant sur un drain majeur, un collecteur de belles dimensions. La largeur de ce dernier atteint par endroit, 5 m. Cette galerie principale a été reconnue sur 32 m, l’exploration étant limitée, tant en amont qu’en aval, par d’imposants effondrements de voûte. Le développement total est de l’ordre de 55 m, en incluant une cheminée d’équilibre dans l’amont du collecteur.

L’état dégradé de la cavité est dû autant à l’exploitation de l’ancienne carrière sus-jacente qu’à l’impact des gels profonds des périodes froides du Pléistocène supérieur. Cette dégradation se traduit dans la cavité par un amoncellement continu de blocs calcaires sur les sédiments terrigènes, réduisant d’autant la hauteur sous voûte et génant la progression.

Il s’agit donc d’une cavité au développement modeste dont la topographie a été relevée et remise au Conseil Général de l’Orne.

Cependant son étude karstologique révèle une évolution complexe, avec notamment, l’installation d’un chenal de voûte ample (de l’ordre d’un mètre de large) et l’élaboration d’une cheminée d’équilibre de plus de 2 m de hauteur, éléments soulignant des phases d’ennoiement mais aussi des dynamiques hydrologiques variées, encadrant une phase d’assèchement de la cavité.

De même, l’incision basale dans le comblement terrigène souligne une phase d’abaissement du niveau de base. Une fuite latérale en rive droite du collecteur a été identifiée qui pourrait souligner une incidence du creusement de la vallée de l’Orne, tout proche.

Il s’agit d’une cavité ancienne, très évoluée karstologiquement, mais aujourd’hui fossile, et isolée dans le haut d’une colline. Il s’agit donc d’un paléokarst. Tout autour, se développe un ensemble de dépressions dont plusieurs, assurément, sont des dolines d’effondrement ponctuant le développement du réseau karstique.

Des mesures de conservation sont prises tant par le Conseil Général de l’Orne que par le Conservatoire. En conséquence, les études scientifiques nécessaires à la compréhension de ce karst seront épaulées et soutenues par ces deux organismes, fortement impliqués dans la protection et la connaissance des sites naturels sensibles, notamment les sites souterrains.

Une note sur cette cavité est publiée dans la revue fédérale "Spelunca", 120 : 10-11, de décembre 2010 : elle est disponible ci-dessous, en téléchargement. Un rapport d’expertise a été remis au Conseil Général de l’Orne.

Joël Rodet


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