La Chapada dos Guimaraes

31 décembre 2010, par Joël Rodet
un karst des grès original (Cuiaba, Mato Grosso)


- La Chapada dos Guimaraes s’élève par un front de cuesta, au nord de la dépression du Pantanal brésilien, en dominant la ville de Cuiaba, à proximité du centre géographique de l’Amérique du Sud, dans l’état du Mato Grosso. Il s’agit d’un ensemble sédimentaire de la fin de l’Ordovicien et du début du Silurien, essentiellement des accumulations détritiques plus ou moins bien solidifiées en grès. La base se développe dans un grès plus friable de la formation Alto Garças (445 MY), surmontée par la formation Vila Maria (438 MY), silicifiée et plus résistante, séparées par un hiatus sédimentaire. A proximité du front de cuesta, l’érosion a dégagé des reliefs profondément karstifiés, avec une très grande richesse de formes actuelles et héritées. Outre les classiques formes de l’exokarst, comme les kamenitza et les rigoles de lapiaz (karren), on note en surface le développement de "casca de tatu" (dégagement de polygones superficlels) apparemment préparés sous couverture (cryptokarst), et de nombreux témoins d’anciennes cavités recoupées et isolées dans le relief.

- L’endokarst est exprimé par d’importantes cavités drainées et explorées sur des centaines de mètres de développement, à l’image de la plus célèbre d’entre-elles, la caverna Aroê Jari, topographiée sur environ 1500 m de conduits. Il s’agit essentiellement de cavités-tunnels qui relient un ancien polje à des vallons alimentant le front de cuesta par capture d’anciens drainages du revers.

- Le spectaculaire réside dans la dimension des phénomènes : des drains larges de quelques dizaines de mètres pour des dénivellations réduites, des voûtes parfois hautes de plusieurs dizaines de mètres dans des drains de type "canyon". Mais la vraie richesse réside dans les processus de creusement de ces cavités atypiques. Il s’agit de phénomènes d’introduction (pertes du polje) dont le front d’altération a progressé lentement, plusieurs drains parallèles pouvant se développer de façon synchrone. On observe encore, dans les drains qui n’ont pas réussi la traversée du massif, des salles dont les parois sont les altérites in situ. Le processus s’est interrompu lorsque la première percée a été réalisée, celle-ci récupérant alors les autres veines aquifères comme l’indiquent les formes de drainage organisées dans les conduits. On note aussi des alimentations locales provenant du massif gréseux, à l’origine de dolines-pertes et de résurgences souterraines.

Joël Rodet et Rubens Hardt (expédition du 7 au 15 mai 2010).
- Résumé de la communication présentée aux 14ème Journées de Spéléologie Scientifique à Han sur Lesse (Belgique), le 11 décembre 2010.

- - - - - Bibliographie

On consultera avec intérêt le travail de thèse de Rubens Hardt :

HARDT Rubens (2011). Da carstificação em arenitos. Aproximação com o suporte de geotecnologias . Tese de doutorado em cotutela/thèse de doctorat en cotutelle, Instituto de Geociências e Ciências Exatas-Universidade Estadual Paulista (IGCE/UNESP), Rio Claro et UMR 6143 CNRS-Université de Rouen, 224 p.

Ce document est en portugais, avec un résumé important en français. Nous recommandons le chapitre consacré à la Chapada dos Guimarães (p. 69-91).

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