Jean-Pierre Lautridou (1938-2010)

26 octobre 2010, par Joël Rodet
le spécialiste des loess du NW de l’Europe nous a quitté
Nous apprenons, ce jour, 26 octobre 2010, la disparition de notre maître et ami Jean-Pierre Lautridou, géomorphologue, spécialiste de renommée mondiale des formations superficielles du Nord-ouest de l’Europe, Directeur de Recherches émérite du CNRS et ancien directeur du Centre de Géomorphologie CNRS de Caen.

Jean-Pierre Lautridou n’est plus. Ce cauchois d’origine bretonne, aura effectué toute sa carrière scientifique, une des plus riches dont on peut rêver, sur l’étude des formations superficielles - celles qui recouvrent les substrats - de la Normandie puis de l’ensemble du Nord-ouest de l’Europe.

Puits de science intarissable, il était devenu par intelligence et travail, le spécialiste reconnu et incontesté des lœss, ces poussières quaternaires déposés par les vents glaciaires des périodes froides. Après une thèse sur la région de Saint-Romain-de-Colbosc (Seine-Maritime), il avait poursuivi sa quête des couvertures meubles de la périphérie de la Manche, au sein du Centre de Géomorphologie du CNRS à Caen, dont il avait pris la direction en 1984, succédant à André Journaux, son fondateur.

Ce qui, à mes yeux, caractérisait le mieux Jean-Pierre, c’était son éternelle disponibilité à écouter, à conseiller son interlocuteur, et toujours avec une extrême douceur et une patience infinie. Je ne l’ai jamais vu en colère, alors qu’il en avait eu de très nombreuses occasions lors de réunions mouvementées. Non, ou il restait calme, tentant d’apaiser les interlocuteurs, ou bien il s’enfermait dans un mutisme profond et parfois alors, il quittait discrètement la réunion.

Et pourtant Jean-Pierre était toujours très occupé. Il suffit de consulter son importante bibliographie pour mesurer les capacités rares de synthèse et d’écriture de ce génie du Quaternaire. Pour moi qui l’ai connu dès 1984, alors que je tentais les concours d’entrée au CNRS et avec qui j’ai eu le grand bonheur de travailler à Caen durant la décennie 1990-2000, il restera un ami sûr et chaleureux, riche d’expérience et d’amitié, intelligent et toujours à l’écoute de l’autre, trop social dans ce monde de la Recherche devenu guerrier. Il entretenait un énorme réseau d’amitiés scientifiques dans le monde entier, sur tous les continents et sa mémoire d’éléphant me surprenait toujours.

Je lui dois mon ouverture au contexte géomorphologique de l’endokarst, à son intégration dans la complexe chronologie quaternaire. C’est lui qui dans les années 1980 est venu me chercher, petit chercheur amateur, pour m’intégrer au sein de son "Groupe Seine", m’aidant sans aucun doute à rejoindre le CNRS.

J’ai eu le grand bonheur de le compter dans le jury de mon doctorat d’état, le 4 juillet 1991 à la Sorbonne. Je n’oublie pas ses remarques précieuses et originales, soulignant une ouverture d’esprit rare. Je lui dois aussi, et le CNEK avec moi, l’édition de ma thèse grâce aux moyens du Centre de Géomorphologie qu’avec amitié, il mit à ma disposition. Et puis, plus tard, j’ai eu le bonheur de cosigner deux bons articles, dont un toujours d’actualité sur le littoral haut-normand.

Jean-Pierre, mon ami, mon maître en géomorphologie normande, tu es parti, par delà ta maison bretonne où tu m’avais hébergé généreusement en 1998, mais jamais tu ne quitteras mon cœur. A tout jamais, tu resteras gravé là, quand je serai au fond d’une grotte normande. J’avais tant de questions à te poser encore sur la chronologie du Pays de Caux, tant d’idées farfelues à te soumettre sur la Manche, l’évolution du littoral, la surrection du Pays de Caux, l’origine de certains sables retrouvés au fond du karst. Tant de choses encore ! Hélas tu es parti et déjà tu me manques énormément. Merci pour ton amitié et ta générosité.

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