A- Les carrières souterraines de Haute-Normandie (2010)

6 février 2010, par Joël Rodet
Spéléo-Drack n° 19 - Février 2010
Les Editions du CNEK publient le 19ème numéro de la collection monographique de la spéléologie normande "Spéléo-Drack", entièrement consacré aux carrières souterraines de la craie normande, par Jean-Luc Audam

Jean-Luc Audam est reconnu comme un des experts du milieu souterrain artificiel de la craie normande, peut-être le meilleur connaisseur en raison de sa formation (tailleur de pierre), de sa profession (puisatier) et de sa passion (le monde souterrain artificiel) depuis plusieurs décennies.

Il y a quelques années, dans le cadre de ses activités professionnelles, il avait réalisé une exposition itinérante constituée de plusieurs panneaux richements illustrés qui dès lors, a toujours connu un franc succès. Et souvent les visiteurs lui demandaient un document à emporter qui leur permette d’aller plus loin dans leur désir de connaissance.

Malgré ses occupations professionnelles prenantes de chef d’entreprise, il a su trouver le temps de mettre en forme une partie de sa grande expérience dans un document largement illustré qu’il nous livre aujourd’hui.

En 62 pages et 115 illustrations, donc certaines historiques, il nous invite à la découverte du sous-sol artificiel de la craie de Normandie, dans trois départements qu’il connaît bien : l’Eure, l’Orne et la Seine-Maritime.

Après avoir fixé les dimensions historiques et techniques de l’exploitation de la craie, l’auteur explique pourquoi cette exploitation est devenue souterraine. Suivent alors trois chapitres définissant clairement les trois principaux types de carrière souterraine : la carrière de pierre de taille, la carrière de pierre à bâtir et la célèbre marnière.

Puis il nous propose de découvrir les outils utilisés pour ces creusements, avant de nous entraîner à la découverte des richesses archéologiques de ce sous-sol, richesses illustrant la vie sociale de ces travailleurs de force et de courage, et témoignant aussi de la place du sous-sol dans la culture de nos régions jusqu’à ce jour. Il lève le voile sur un aspect méconnu du sous-sol qui est le témoin de la vie passée (les fossiles de la roche encaissante), mais aussi d’une vie actuelle méconnue et trop peu étudiée dans notre région et qui ne peut pas être réduite à la simple approche chiroptérologique.

Qui dit mine, dit effondrement, et la Normandie crayeuse n’échappe pas à ce fléau qui ruine la vie de nombreux habitants, et parfois, hélas, tue. L’effondrement des établissements souterrains artificiels est inévitable, si on ne prend pas des mesures conservatoires appropriées. Et donc, aléatoirement mais inéluctablement, ces effondrements souterrains se manifestent plus ou moins rapidement, plus ou moins spectaculairement, en surface, détruisant ici une culture, là une route, là encore un bâtiment ou un ouvrage d’art... Face aux dégâts qu’ils génèrent et au risque d’atteindre des personnes, il faut prendre des mesures qui souvent se traduisent par le comblement du vide souterrain et... la disparition du patrimoine archéologique souterrain !

Les chapitres suivants abordent le délicat problème de l’utilisation seconde des carrières souterraines, une fois l’activité d’extraction arrêtée. Très souvent, trop souvent, le vide souterrain est transformé en poubelle pernitieuse avec sa pollution occulte qui va contaminer lentement mais sûrement la nappe aquifère et donc les ressources en eau potable. Mais aussi la carrière souterraine peut connaître une seconde vie avec des usages plus nobles que des dépôts de munitions ou de produits dangereux. Certaines cavités sont transformées en habitat troglodytique, en champignonnière, en laboratoire souterrain, etc. Mais n’oublions pas que l’homme est ainsi fait qu’il détruit ce qu’il cesse d’aimer et dès lors qu’un site souterrain est abandonné, il subit les outrages des déviances sociales.

Ce tour normand du monde souterrain artificiel se termine par un glossaire fort bien venu qui nous fait découvrir une richesse linguistique le plus souvent ignorée des occupants de la surface et qui risquait de disparaître avec les derniers témoins de cette activité souterraine.

Un ouvrage incontournable pour qui s’intéresse au sous-sol normand et veut mieux connaître cette activité de mineur à laquelle l’économie normande, tant dans la construction que dans l’activité agricole, doit tant.

La référence est :

- Jean-Luc Audam (2010). Les carrières souterraines de Haute-Normandie . Spéléo-Drack, 19, 62 p.

disponible depuis le 22 février 2010, aux Editions du CNEK, au prix de 15 euros plus port.

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