B- François Desbordes (1940-2003)

12 décembre 2007, par Joël Rodet
François Desbordes, curieux du sous-sol
François Desbordes (1940-2003) est l’archétype du spéléologue touche-à-tout. Ingénieur de formation, il s’enthousiasma pour de nombreuses activités, passant de l’agent immobilier au brocanteur. Cette curiosité sans fin le poussa jusque dans les cavernes. Il est ainsi à l’origine de nombreuses découvertes et du développement de plusieurs techniques, contribuant ainsi largement à l’Histoire de la spéléologie normande, des années 1965 à 1990, quand il s’éloigna de la Normandie.

Parisien d’origine, François Desbordes fréquente dès son plus jeune âge la Normandie, ses parents possédant une résidence secondaire à Saint-Pierre-en-Port (Seine-Maritime). Des vacances passées dans la station balnéaire du littoral cauchois, il acquiert la vivacité et la curiosité des choses de la nature. Personnalité fantasque, il s’enflamme pour les mystères et les choses cachées. Aussi, lorsque ses promenades l’amènent à l’entrée d’un souterrain, d’un blockhaus ou d’une grotte, il lui faut résoudre le mystère que sûrement ce vide recèle.

Naturellement ces promenades le guident jusqu’à la grotte des Petites Dales, alors inconnue de la jeune spéléologie régionale. Par l’intermédiaire de son frère Gilles, alors étudiant en médecine, il fait la connaissance de Michel Luquet, figure emblématique de cette époque, alors étudiant en médecine lui-aussi, et ainsi intègre le Spéléo-Club de Rouen, au sein duquel il multiplie les explorations et les découvertes normandes.

Mais François est un indépendant sensitif qui ne se limite pas à une entité. S’installant au Havre, c’est tout naturellement qu’il participe épisodiquement aux activités souterraines du GS-MJC-H. Cela commence par un puits qu’il a découvert, en furetant, dans la cour du château de Tancarville. Recherche du trésor des Templiers ou intérêt pour une histoire locale ?

Au début des années 1970, il se fait plus assidu, apportant au G.S. de la M.J.C. du Havre, les techniques encore bien basiques de la plongée souterraine. C’est l’épopée du réseau noyé du Bois de la Vierge, à Yport dans lequel notre progression connaît une progression impressionnante de ... 30 m. C’est surtout la mise au point d’une technique d’exploration des puits à eau, alors nombreux en Normandie, qui connaitra son apogée quelques années plus tard dans le bassin hydrographique de la Rançon.

En 1976, lorsque nous ressentons la nécessité de créer un organisme indépendant, alors que la Maison des Jeunes et de la Culture du Havre, qui nous accueille depuis le début, montre des limites qui sont à l’origine de la disparition du G.S.-M.J.C.-H. dix ans plus tard, François, enthousiaste, nous appuie fortement et devient le trésorier du tout nouveau Groupe Spéléologique du Havre, fonction qu’il assumera jusqu’à la création du CNEK en 1990.

L’apport de François à la spéléologie normande est sûrement moins connu, mais autrement plus important pour notre histoire. Furetant partout, animant un incroyable réseau relationnel, il permet l’intégration de la spéléologie havraise dans le contexte régional. Cela commence avec le Service des Eaux de la Ville du Havre qui nous autorise les plongées dans le réseau noyé d’Yport, afin de compléter les connaissances du forage avant son aménagement en A.E.P. (alimentation en eau potable) pour la Ville du Havre. Cela continue avec l’étude du système noyé des sources AEP de Radicatel, toujours pour la Ville du Havre. Cela se poursuit avec le Laboratoire Municipal du Havre, alors impliqué dans une recherche hydrobiologique sur le bassin de la Rançon. Guy Charrière, médecin-directeur du laboratoire, nous associe à son étude et nous introduit auprès de Georges Conrad, célèbre spéléologue marseillais, alors directeur du Laboratoire de Géologie de l’Université de Rouen. Nous sommes en 1977, et la recherche spéléologique normande va connaître, dès lors, une évolution scientifique durable, puisque 30 ans plus tard, les relations entre l’Université de Rouen et la recherche spéléologique sont toujours d’actualité, cette dernière étant inscrite dans la formation en Master et en Doctorat de l’établissement public haut-normand.

Cet héritage, auquel chaque spéléologue normand est redevable, est dû à un Amateur, un Curieux, généreux, qui jamais ne jouera au scientifique. Non, son ambition, très limitée par rapport à ses capacités intellectuelles brillantes, était simplement de permettre des développements, des relations, des concrétisations. Je ne crois pas que François ait laissé un quelconque article à la postérité. Bien sûr nous conservons des brouillons, des notes rapidement griffonnées sur une feuille volante, mais rien d’élaboré : cela n’était pas l’objectif de François. Dès que le mystère était révélé, il passait à autre chose.

Aujourd’hui, il repose dans le cimetière de Saint-Pierre-en-Port. Il ne hante plus la campagne normande à la recherche d’un mystère, il est devenu lui-même un mystère, mais sa mémoire reste vive pour ceux qui l’ont connu, et ont partagé de mémorables heures sur le Semnoz, dans le Chevrier, dans le Caladaïre, ou au détour d’un chemin creux du Pays de Caux.

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