F- Jean-Paul Dupont (1951-2018)

12 septembre 2018, par Joël Rodet
Ancien directeur du Museum d’Histoire Naturel de Rouen, Professeur de Géologie à l’Université de Rouen, dont il a été le vice-Président en charge de la Recherche. Ce n’était pas un spéléologue mais les apports de la karstologie l’ont toujours intéressé fortement, notamment en tant qu’hydrogéologue de la craie.

Jean-Paul Dupont, né le 26 juillet 1951, était un naturaliste de talent, un esprit vif et d’une grande culture, sous un aspect plutôt bonhomme et accueillant. Je l’ai connu en 1976, alors que j’intégrais le laboratoire de géologie du Professeur Georges Conrad, à l’université de Rouen. Il y sera recruté comme Maître de Conférences en 1982. Mais c’est en tant que Directeur du Museum d’Histoire Naturelle de Rouen qu’il se rapprochera du milieu spéléologique normand.

Le directeur du Museum d’Histoire Naturelle de Rouen

- Dès le début des années 1980, dans le cadre de la préparation de mon doctorat, je fréquente assidument le museum, notamment son centre de documentation qu’animent Michel Lerond et Jérôme Chaïb. Jean-Paul, le directeur, facilite le plus qu’il peut ma recherche, me donnant un accès permanent à l’établissement.
- Au début des années 1980, il apporte son soutien et sa formation scientifique aux activités de recherches de la communauté spéléologique normande, notamment par l’intermédiaire de Thierry Leboulanger, alors en charge de la commission scientifique.
- En 1988, il soutient fortement la communauté spéléologique normande, en accueillant gracieusement les Actes du 14ème Congrès Régional de Spéléologie de Normandie, par la publication dans les "Actes du Museum de Rouen", 1988 (1), d’un volume de 160 p. du colloque "Karst et Quaternaire de la Basse Seine" que j’avais monté avec Dominique Lefebvre.
- En parallèle, il accueille l’exposition de Joël Rodet et Danièle Sayaret sur "L’univers souterrain de la Basse Seine" qui tournera pendant plusieurs années dans les collèges et lycées de Haute Normandie. Il accueille aussi l’exposition sur le karst du LEP de Grand Couronne élaborée par Angiolino Tomat. Ce sera le début d’une longue collaboration entre les deux hommes, disparus à 9 mois d’intervalle, et dont malheureusement les travaux n’auront été publiés que très partiellement.
- Cette période est très favorable à la communauté spéléologique normande. D’abord les "Actes du Museum de Rouen" accueilleront plusieurs articles sur Auguste Monton, le premier spéléologue normand, ou sur le cône à gélifracts du Chien Intrépide. Ensuite, en 1990, Jean-Paul attribue un local, certes nécessitant des travaux, mais dans lequel la communauté spéléologique normande peut enfin tenir ses réunions et stocker son patrimoine. Ce sera alors pendant plus de 20 ans, le siège social du Comité Régional de Spéléologie de Normandie

Le professeur de l’université de Rouen

- En 1996, Jean-Paul est nommé Professeur d’Université, à Rouen. Son patron d’alors, Robert Meyer, exige de lui qu’i l se démette de sa fonction de directeur du museum. En même temps, Jean-Paul effectue une mutation disciplinaire dont il a le secret. Il délaisse la géologie marine et littorale pour revenir sur le continent, ou plutôt dessous, avec l’hydrogéologie karstique de la craie dans laquelle il se fait rapidement un nom. Il forme alors de nombreux docteurs de qualité, parmi lesquels Nicolas Massei, Danièle Valdès, Matthieu Fournier, aujourd’hui enseignants universitaires. Il s’intéresse à toutes les disciplines qui approchent l’hydrogéologie et ainsi à la géophysique avec celui qui deviendra son fils spirituel, Abderrahim Jardani ou encore la microbiologie des eaux.
- Personnellement, je retiens les interminables dialogues durant des heures sur des réflexions communes, au point que nous avions envisagé d’écrire ensemble un traité sur le karst de la craie... Et mes étudiants rouennais et brésiliens se souviendront longtemps des cours qu’il leur a offert sur son temps libre, dans le cadre de la formation karstologique que j’avais organisée en 2013.

Un homme dévoué et généreux

- Un élément important à souligner est le caractère bienveillant de Jean-Paul. Il n’a jamais hésité à mettre la main à la pâte pour aider généreusement ses collègues ou ses amis, hors cadre professionnel, pour un déménagement ou un dossier technique. Il a soutenu ceux qui souffraient et s’engageaient, y compris hors du cadre académique, ce qui lui a valu de temps en temps les critiques de ses collègues.
- Le CNEK lui restera redevable de son soutien dans sa démarche de faire reconnaître la grotte des Petites Dales comme laboratoire souterrain de l’Université de Rouen, ou encore dans la possibilité de rassembler ses archives dans les locaux du laboratoire de géologie.

Jean-Paul était un esprit brillant, cultivé et agile. Il pensait plus vite qu’il n’exprimait ses idées. Il ne finissait que très rarement ses phrases et nous le taquinions souvent... Il nous a bien eu et il a eu le dernier mot : comme il a vécu, il est parti sans finir sa vie ! C’était le 22 juillet 2018.

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