Les Petites Dales, grotte fédérale et fédérative

4 mars 2017, par Joël Rodet
Spéléo-Tract n° 9

Disponible dès maintenant, une belle synthèse technique et scientifique de la plus importante grotte karstique de la Seine Maritime.

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Résumé / Abstract / Resumo

- La grotte des Petites Dales est entrée dans le patrimoine spéléologique de la Seine Maritime en 1966, lorsqu’elle a été révélée par François Desbordes et le Spéléo-Club de Rouen. En raison de l’ampleur des travaux à mener, pendant près de 25 ans, la grotte reste une cavité de second ordre, malgré la section importante du conduit. C’est alors que sous la direction de Jean-Pierre Viard, est organisé un chantier hors-norme pour la région. Les années 1990 seront décisives. Nous obtenons l’accord de la propriétaire pour poursuivre nos travaux, tandis qu’un collectif d’associations fédérales se constitue. En 1997, la Fédération Française de Spéléologie décide de passer un accord avec la propriétaire et un bail est signé entre les deux parties. Joël Rodet, président du Centre Normand d’Etude du Karst et des Cavités du Sous-sol (CNEK), est nommé conservateur du site fédéral.

- Le site est organisé. D’abord les conditions de travail avec le branchement EDF, l’éclairage dans l’ensemble des galeries, la mécanisation du chantier de désobstruction. Toute la partie technique est supervisée par Jean-Pierre Viard. Le conservateur se concentre sur le traitement scientifique de la cavité qui se révèle un fabuleux laboratoire. Mettant à profit sa position de chercheur CNRS, Joël Rodet convainc ses collègues géologues et géographes des universités de Caen puis surtout de Rouen, et organise la recherche du conservatoire. C’est ainsi que, peu à peu, étudiants et spéléologues sont amenés à travailler ensemble. Le CNEK, dont le but fondamental est l’étude des cavités normandes, transforme la grotte en centre de mesures et de réflexion. La recherche en karstologie est bien sûr la discipline travaillée depuis le début, dès 1967, alors que le GS-MJC du Havre n’avait pas encore donné le GS du Havre qui deviendra CNEK en s’ouvrant à la dimension régionale en 1990.

- C’est le CNEK qui négocie, au début des années 1990, les accords avec la propriétaire, avec la mairie et avec la FFS, et qui mettra en place les Journées du Patrimoine Naturel dès 1998. Jusqu’à ce jour, c’est toujours le CNEK qui organise et coordonne les actions de désobstruction, de recherche scientifique, de publication, de valorisation et d’éducation vers les différents publics, de l’école à l’université, en passant par la population ou les élus normands.

Quels sont les acquis de ce travail ?

1- 28 ans de chantier organisé et rationalisé ont permis de porter le développement de la cavité de 94 m à 782 m, évacuant plus de 3.000 m3 de déblais en 1.111 séances, ce qui correspond à plus de 3.900 journées réalisées par 173 personnes différentes. On ne compte plus le poids des structures métalliques qui ont été montées afin de permettre les travaux en toute sécurité et efficacité. Si on devait faire le bilan financier, aucune association spéléologique n’aurait eu les moyens de payer une entreprise. Calculez que la grotte des Petites Dales est à 75 km de Rouen, et notre chef de chantier vient de 25 km plus loin ! Aujourd’hui, nous disposons d’une cavité ample, sécurisée, disponible à toute démarche responsable, de la technique à la recherche en passant par l’éducation.

2- Il y a plus de 50 ans, était réalisée la première topographie par le GSMJCH. Aujourd’hui, plusieurs techniques précises permettent de connaître finement le développement des drains sous le plateau. Les recoupements avec la surface ont confirmé la qualité fondamentale des relevés spéléologiques (tunnel 2007, passage 195), et les méthodes modernes de haute précision n’ont fait que le confirmer.

3- Vouloir comprendre une cavité, c’est en premier lieu définir le contexte géologique dans lequel elle se développe. Notre approche concerne la stratigraphie de l’encaissant crayeux, ses qualités hydrologiques, les évènements qui ponctuent sa longue phase de dépôt, les fossiles qui permettent de vérifier les étages auxquels il appartient. Et puis, comme tous les karstologues nous répètent qu’une cavité est guidée par la tectonique sans laquelle une grotte n’existerait pas, nous avons mesuré les relations entre le réseau tectonique et la galerie Principale des Petites Dales. Curieusement, il semblerait que ce soit la porosité qui joue le rôle primordial.

4- La grotte est comblée de sédiments qui s’opposent à la pénétration humaine. L’ étude sédimentaire , ponctuée par une thèse de doctorat, démontre que l’essentiel provient de la surface, et donc que la grotte est alimentée par les pertes plus ou moins visibles sur le plateau, en raison d’un manteau d’altération qui masque le contact entre le substrat crayeux et la surface. Il semblerait qu’une grotte soit d’autant plus accessible humainement qu’elle est alimentée par les racines du manteau d’altération, même si la désobstruction reste nécessaire.

5- Les découvertes accomplies par la progression des fronts de désobstruction permettent d’affiner la compréhension karstologique du réseau souterrain. Un phénomène fondamental est de comprendre qu’une cavité de la craie résulte de deux dynamiques différentes ; celle qui obéit à la gravité terrestre et fait que la goutte d’eau veuille rejoindre le centre de la terre, et celle qui subit le poids de l’accumulation de la nappe et glisse mécaniquement vers la périphérie des massifs, donnant des grottes d’émergence. C’est la jonction, presque toujours soudaine, de ces deux ensembles diachrones qui est responsable de la mise en place d’un drainage efficace dans un milieu à tendance perméable. Il en résulte la mise en place d’un chenal de voûte d’introduction qui se réduit vers l’aval et qui est ponctué d’accidents hydrodynamiques générant des formes souterraines de réservoir (salle, dédoublement de drain, cheminées d’équilibre). Située à proximité du trait de côte, la grotte ne révèle aucun impact attribuable à l’évolution du littoral, et son évolution se révèle ancienne, longue et complexe, répondant à la problématique de comment peut-on passer de la notion d’éponge à celle de karst.

6- La compréhension de l’évolution des masses d’air dans la grotte et de leur température est un objet trop rarement abordé. Nous avons réussi à définir une méthodologie débouchant sur un modèle universel valable pour les cavités à une seule entrée. Après avoir établi le comportement longitudinal de la cavité, permettant de dégager 4 zones climatiques différentes, nous avons mis en évidence le comportement spécifique de la zone d’entrée avec des mouvements qui évoluent en fonction de la saison et des contrastes thermiques. Et curieusement, nous démontrons que le critère fondamental de la dynamique climatique dans la grotte est le poids d’eau, ce qui n’avait jamais été souligné jusqu’alors. En complément, nous démontrons que les chauves-souris qui hibernent, régulent leur température en fonction de celle de la paroi, et non pas de celle de l’air ambiant.

7- La partie historique de la grotte est réduite, en particulier à cause des travaux anthropiques d’une carrière de craie à ciel ouvert. Dans la partie souterraine, les graffiti montrent une fréquentation de plus de 130 ans, très irrégulière, mais de nombreux graffiti n’ont pas pu être déchiffrés.

8- Enfin, notre conclusion porte sur la dimension patrimoniale de la cavité, devenue la plus importante de Seine Maritime, et parmi les dix plus importantes de la craie du bassin de Paris. Notre ouverture régulière au public montre une fréquentation annuelle de 600 à 1.200 visiteurs. Elle soulève parfois le questionnement d’une ouverture pérenne, que ni la morphologie de la grotte, ni l’éloignement des grandes agglomérations, ne permettent. A défaut de quantité, c’est dans la qualité de ses apports scientifiques, techniques et culturels que la grotte des Petites Dales se distingue, en faisant un objet de patrimoine exceptionnel et une vitrine fédérale unique, accessible à tous les publics, et permettant l’éducation des prochaines générations de chercheurs et de spéléologues.

Pour acquérir ce document :
-  Spéléo-Tract n° 9, décembre 2016,
- tirage en quadrichromie, format A4, 150 p.
- 20 euros l’unité, plus port
- en cas d’achat groupé de 5 exemplaires, un sixième exemplaire est offert.
- si règlement par chèque, mettre à l’ordre du CNEK.

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